Cérémonie du 11 novembre



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Dix-neuf vétérans américains de la Seconde Guerre mondiale ont été décorés des insignes de Chevalier de la Légion d’Honneur par le Consul général M. Philippe Lalliot, lors de la cérémonie du 11 novembre au Lycée français de New York pour l’anniversaire de l’Armistice de la Première Guerre mondiale.

Pour présider la cérémonie, Philippe Lalliot était aux côtés de Guy Wildenstein, Président de The American Society of the French Legion of Honor, de M. Alain Dupuis, Président de The Federation of French War Veterans, et d’Yves Thézé, Proviseur du Lycée français de New York.

Des élèves du Lycée français de New York ont évoqué tour à tour les moments forts du parcours de ces soldats américains qui ont libéré la France au cours de la seconde guerre mondiale.

Philippe Duron, Président du Mémorial de Caen, était à New York et a pu assister à la cérémonie.

Retrouvez toutes les photos de la cérémonie sur la page Flickr du Consulat.



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Discours prononcé par le Consul général, Philippe Lalliot :


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Monsieur le Député,
Mesdames et Messieurs les Conseillers à l’Assemblée des Français de l’Etranger,
Mesdames et Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs, Chers amis,

Nous sommes réunis cet après-midi pour rendre hommage à deux générations d’hommes confrontés aux deux pages les plus douloureuses de notre histoire. Je suis particulièrement heureux que cette cérémonie se tienne ici au Lycée Français de New York. Je veux avant toute chose remercier le proviseur du Lycée, Yves Thézé, et toute son équipe, de nous y accueillir et d’avoir organisé avec nous cette cérémonie.

J’aurai l’honneur tout à l’heure de remettre, au nom du président de la République, les insignes de la Légion d’honneur à 18 héros américains qui ont contribué, il y a 66 ans, à libérer la France et l’Europe. Mais permettez-moi tout d’abord, Messieurs, de rendre hommage à vos ainés, en ce jour de commémoration de la fin de la première guerre mondiale.

Je voudrais m’adresser plus particulièrement à vous, élèves de 3ème, qui étudiez cette période de l’histoire de France.

Il est presque impossible de trouver les mots justes pour décrire l’horreur de cette guerre. On peut citer les millions de morts et de blessés mais c’est une évocation encore trop désincarnée. Au-delà des chiffres, il est en effet très difficile d’exprimer la souffrance et la douleur, la peur et l’écœurement, le courage et les sacrifices. Beaucoup s’y sont essayés. Seuls les plus talentueux y sont parvenus : Apollinaire, Céline, Giono, Hemingway, pour n’en citer que quelques-uns ou, dans d’autres registres, Tardi et Hugo Pratt, Jean Renoir et Stanley Kubrick.

Je voudrais plus modestement vous lire, en français, quelques lignes tirées d’une lettre d’un soldat qui n’était pas beaucoup plus âgé que vous et qui est mort sur le front, le 20 avril 1917 :

“Quand nous sommes arrivés ici, la plaine était magnifique. Aujourd’hui, les rives de l’Aisne ressemblent au pays de la mort. La terre est bouleversée, brûlée. Nous sommes dans les tranchées de première ligne. Nous pataugeons dans la boue. Les tranchées s’écroulent sous les obus et mettent à jour des corps, des ossements et des crânes. L’odeur est pestilentielle.

“Partout des morts ! Les sentiments n’existent plus, la peur, l’amour, plus rien n’a de sens. Il importe juste d’aller de l’avant, de courir, de tirer, et partout les soldats tombent en hurlant de douleur. Le champ de bataille me donne la nausée. J’ai descendu la butte en enjambant les corps désarticulés.”


Mesdames et Messieurs,

Si nous sommes réunis aujourd’hui, ce n’est pas pour célébrer la victoire d’un camp sur l’autre. Alors que les derniers survivants de la Grande Guerre disparaissent un à un, nous sommes ici pour honorer tous les morts et rendre hommage à tous ceux qui ont combattu jusqu’à l’extrême limite de leurs forces. Nous sommes ici, cinq générations confondues, pour nous souvenir. Car nous n’oublierons jamais le sang versé sur la Marne, sur la Somme, à Verdun, au Chemin des Dames. Nous n’oublierons jamais tous ceux, Français et étrangers, qui se sont battus pour nous.

Messieurs,

Vous aussi avez connu l’horreur des champs de bataille, sur les plages de Normandie, lors du débarquement de Provence, dans les Ardennes ou lors de la campagne d’Alsace. Vous aussi avez eu peur de mourir et peur de tuer. Vous vivez certainement encore aujourd’hui avec ces blessures enfouies au fond de vous.

Vous n’êtes pas partis vous battre sur un continent étranger à plusieurs milliers de kilomètres de vos foyers parce que l’ennemi menaçait directement vos maisons et vos familles. Vous êtes partis vous battre pour une cause et pour des valeurs qui transcendent l’individu : la démocratie, l’Etat de droit, la liberté. A tous les vétérans, notamment français et américains, nous devons la France telle qu’elle est aujourd’hui, libre et souveraine. Nous leur devons aussi l’Europe telle qu’elle est aujourd’hui, apaisée, prospère, réconciliée avec elle-même.

C’est ce message que je voudrais passer aujourd’hui aux adolescents qui sont avec nous, avec solennité mais avec simplicité aussi. La dette que nous avons envers vous ne se résume pas seulement à nous souvenir. L’exemple que vous nous avez donné doit aussi nous inspirer pour l’avenir. Le plus bel hommage que nous puissions vous rendre, c’est certainement de nous montrer dignes de ce que vous avez accompli pour nous.

Mes mots passeront mais vous, Messieurs, resterez dans la mémoire de ces jeunes gens et votre histoire sera devenue la leur. A eux reviendra un jour la responsabilité de nourrir avec la même abnégation et la même dignité l’amitié entre nos deux pays, la France et les Etats-Unis, et entre nos deux peuples. A eux reviendra la responsabilité de poursuivre le combat que vous avez mené, partout où sont menacés les valeurs et les idéaux auxquels nous croyons.

Je veux, en tant que Consul général de France, vous rendre ici l’hommage solennel de la Nation française. Je veux, en petit-fils de résistant, vous exprimer ma reconnaissance d’avoir aidé à la libération de mon pays. Je veux, en jeune homme qui n’a pas connu cette guerre et en père dont les fils sont dans ce Lycée, vous dire très simplement que nous n’oublierons jamais ce que vous avez fait et que nous essayons de nous montrer dignes de votre exemple.

Merci.

[...]

Messieurs,

Vous avez été nommés par le Président de la République, Nicolas Sarkozy, pour recevoir les insignes de Chevalier de la Légion d’Honneur. Ainsi que l’a rappelé M. Guy Wildenstein, cette distinction récompense les mérites éminents rendus à la Nation française. Elle est notre plus haute distinction honorifique. Je vais maintenant, avec les élèves de 3ème du Lycée Français de New York, remettre à chacun d’entre vous ces insignes.


Retrouvez également les discours de messieurs Thézé et Wildenstein :

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Discours de M. Yves Thézé


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Discours de M. Guy Wildenstein


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Coïncidence chaleureuse : messieurs Irving Goldstein (à gauche) et Andrew Chmiel se sont retrouvés à cette occasion alors qu’ils ne s’étaient pas vus depuis 1944. Ils appartenaient alors au même bataillon d’infanterie.
 

 
Plus tôt dans la journée, le Consulat a participé au défilé du 11 novembre sur la 5ème Avenue. M. Olivier-Antoine Reÿnès, Consul Adjoint, s’est joint à la Fédération des Anciens Combattants Français en qualité de Porte-Drapeau.

Dernière modification : 26/12/2012

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