Histoire du Consulat

JPEG
Premier consulat à ouvrir à New York dès 1783, le Consulat général de France a fêté en 2012 ses 60 ans dans ses locaux actuels.


- La « mairie » des Français dans l’histoire

Le « 934 » de la Cinquième Avenue est sans doute l’adresse la plus connue des Français de New York. C’est depuis soixante ans celle de leur « mairie », c’est-à-dire le consulat, qui en fait fonction à l’étranger. En décembre 1952, le Consulat s’installait dans un hôtel particulier de cinq étages acquis par la République française en 1942. La guerre explique l’intervalle de dix ans entre les deux dates.


- Retour en arrière

25 Mars 1942. Le consulat de France, à l’étroit dans les locaux qu’il loue depuis 1933 au 610 Cinquième Avenue, dans le prestigieux - mais cher - Rockefeller Center, achète un immeuble vingt-cinq « blocs » plus haut, face à Central Park, le « 934 ». Ce très beau manoir, construit en 1926 par les architectes Alexander Walker et Leon Gillette pour le financier Charles Mitchell, avait été « récupéré » par la J.P. Morgan & Co en 1939 après la faillite de son propriétaire, victime des séquelles du crash de 1929.
La France investit ainsi dans l’immobilier new-yorkais pour la première fois depuis le début de sa représentation diplomatique sur les bords de l’Hudson. Elle y avait ouvert le premier des consulats étrangers en 1783 (contrairement à la croyance populaire qui en fait le précurseur, le consulat des Pays-Bas ne fut créé qu’un an après).

New York, au demeurant, n’était pas le premier consulat de France aux Etats-Unis. L’honneur en était revenu à Philadelphie, la première capitale (New York lui succéda en 1791 et Washington en 1802). Signé en 1778, le Traité d’amitié et de commerce entre la France et les Etats-Unis avait donné lieu, la même année, à l’implantation de la première représentation consulaire dans la nouvelle République. Boston et Baltimore avaient suivi en 1779, puis Charleston - et New York- en 1783.

Un siècle et demi plus tard, New York était devenu... New York. L’importance du consulat était à la mesure de celle de la ville et de la circonscription - qui regroupe les Etats de New York, du Connecticut et du New Jersey, ainsi que les Bermudes. Mais en 1942, quand les bureaux de la « Maison de la France » à Rockefeller Center sont devenus trop petits, l’Etat français était incarné par le régime de Vichy. Et le 11 novembre de la même année, Washington mettait fin aux relations diplomatiques avec le gouvernement du maréchal Pétain. La représentation des intérêts français allait dès lors être assurée par la Suisse avant l’entrée en service des nouveaux locaux du « 934 ».

Mais dès 1943, les affaires consulaires étaient reprises par la nouvelle autorité revendiquant la légitimité de l’Etat Français : la France libre, qui s’installa au 934. La représentation ne devint officielle que lorsque le président Roosevelt reconnut le nouveau gouvernement français du général de Gaulle un an plus tard.

C’est cependant dans les locaux de Rockefeller que le consulat, qui n’avait jamais déménagé, poursuivit sa mission pendant encore huit ans. Depuis 1945, ce sont en effet les services culturels de l’ambassade de France qui occupaient le 934.

Le transfert intervint en 1952 après le rachat d’un autre hôtel particulier, celui de la famille Payne Whitney au « 972 », pour accueillir les services culturels qui y sont toujours. En décembre de cette année-là, le consulat emménagea dans la résidence de la famille Mitchell sans modifications des salons derrière la façade classique, si ce n’est la transformation d’un vaste boudoir en bureaux (ceux du secrétariat du consul général et du consul général adjoint, celui du consul général ayant été conservé dans sa configuration et son style d’origine, boiseries et parquet compris).

Depuis soixante ans, le style de cette demeure palatiale, inspiré des arts décoratifs parisiens du début du XX e siècle, a été fidèlement préservé, à l’exception de deux changements architecturaux : en 1955, la construction d’un nouvel immeuble au 932 entraîna la disparition de la cheminée de la salle à manger des Mitchell, pièce rebaptisée le « salon vert » - en réalité le « petit salon » pour les réceptions - et en 1964, un agrandissement pour héberger la chancellerie nécessita la disparition de la fresque représentant une fontaine sur le mur du fond du hall d’entrée.

Mais la nouvelle décoration fait honneur à la splendeur passée. Le marbre en trompe-l’œil du hall renforce la note Renaissance Italienne dont le salon rose est l’apothéose, avec son plafond à caissons, son superbe lustre - beaucoup plus imposant que l’original -, ses tentures en soie damassée, ses tapisseries et ses majestueuses « French windows » donnant sur Central Park. Le consulat, tout compte fait, est plus qu’une mairie : c’est une vitrine, sinon un musée, digne de l’image de la France dans la ville de référence des Etats-Unis.


- Saint John de Crèvecœur - premier consul général à New York

Né à Caen en 1735, Jean de Crèvecœur avait acquis une connaissance exceptionnelle de l’Amérique lorsqu’il fut nommé consul général de France à New York le 24 août 1783. Engagé comme cadet dans les troupes françaises de la colonie au Canada, où il exerçait les fonctions de cartographe, il fut évacué à New York en 1759 à la suite d’une blessure et devint alors arpenteur pour quelques années avant de s’initier à la vie d’agriculteur en Pennsylvanie. C’est alors qu’il changea son nom en « John Hector Saint John » et fut naturalisé dans la colonie de New York en 1764. En 1769, il épousa Mehetable Tippet dont il eut trois enfants. Installé dans la plantation de Pinehill, dans le comté d’Orange, il fut emprisonné par les Anglais à New York de la fin de l’année 1778 à septembre 1779 et retourna en France après sa libération. Le marquis de Turgot, frère du ministre de Louis XVI, lui fit connaître Buffon, d’Alembert et Benjamin Franklin dans le salon littéraire de Madame d’Houdetot. Il le présenta aussi au maréchal de Castries, ministre de la Marine, qui le plaça en tête de la liste des consuls pour les Etats-Unis d’Amérique. Saint John de Crèvecœur rejoignit son poste à New York le 17 novembre 1783 pour deux séjours, le premier jusqu’à juin 1785 et le second de mai 1787 à mai 1790. Il fut notamment chargé d’établir un service de paquebots entre Lorient et New York et de préparer un traité postal entre les deux pays. Il mourut à Sarcelles le 12 novembre 1813.

Saint John de Crèvecœur a laissé plusieurs ouvrages, dont les Lettres d’un cultivateur américain, un Traité de la pomme de terre et un Mémoire sur la population, l’agriculture, les finances et le commerce de New York (1789).



- Les titulaires du « 934 » depuis 1952

Lointains successeurs de Saint John de Crèvecœur, dix-neuf consuls généraux se sont succédés depuis l’emménagement dans les locaux du « 934 », y compris le titulaire actuel M. Bertrand Lortholary. Rappelons les prédécesseurs de ce dernier :

Roger Seydoux (1950-52)
Antoine de Lagarde (1952-57)
Jacques Baeyens (1957-58)
Raymond Laporte (1958-63)
Michel Legendre (1963-68)
Jean Béliard (1968-69)
Henri Claudel (fils de l’écrivain, 1969-72)
Gérard Gaussen (1972-78)
Gérard de la Villesbrunes (1978-81)
Bertrand de la Taillade (1981-84)
André Gadaud (1984-89)
Benoît d’Aboville (1989-93)
André Baeyens (fils de Jacques, 1993-95)
Patrick Gautrat (1995-98)
Richard Duqué (1998-2004)
François Delattre (2004-2008)
Guy Yelda (2008-2009)
Philippe Lalliot (2009-2012)
Bertrand Lortholary (2012 ...)

Dernière modification : 18/08/2016

Haut de page